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Tribulations croates, jusqu’à la frontière bosniaque

La Croatie me réserve encore quelques surprises et osons le mot, des galères ! Encore de l’escalade acrobatique, vélo à bout de bras (nouvelle discipline ?), et de la casse. Au point de me décider à changer d’itinéraire. Mais le moral tient bon, les vues comme les personnalités étant toujours aussi belles (tant qu’elles ne portent pas l’uniforme…). Cap sur la Bosnie, mais avant d’y arriver, récit de mes tribulations croates !

On commence par une nouvelle résolution bafouée. Je me retrouve à nouveau dans un sentier impossible, à devoir escalader… Et je ne fais pas demi-tour. Mais il n’y a presque pas de végétation dans laquelle forcer mon passage, je n’aurai pas les jambes ensanglantées. Pas si loin d’une petite promenade de santé quoi ! Enfin euhhhh, comment vous dire ? Avec une photo !

Là, j’approche du sommet, mais imaginez escalader ainsi des centaines de mètres de dénivelé positif. Vitesse : moins d’un kilomètre à l’heure… pour un effort bon pour un légionnaire, ou n’importe quel grand malade (comme moi, oui oui je sais). Je souffre bien moins des jambes que du haut du corps, mes bras sont tétanisés. À force de chutes et de chocs, ce qui devait arriver arriva… Je casse l’autre côté de mon porte bagage, ce qui bloque ma roue. Ça ne vous rappelle rien ? À nouveau, la nuit approche et je décide d’abandonner le vélo pour rejoindre l’abri le plus proche, à 5km. Je prends beaucoup trop de sacs pour progresser aisément… Mais je ne veux laisser aucune odeur de nourriture sur le vélo (les ours, toujours les ours).

J’arrive juste au coucher du soleil.

Je suis encore dans une réserve naturelle, le parc national de Paklenica. Là encore, le bivouac est strictement interdit et l’espace est surveillé. Mais ce qui est génial, c’est qu’on y trouve des cabanes non gardées qui sont de véritables havres de paix. Jugez par vous même, n’est-ce pas le paradis ?

Je repars donc le lendemain matin retrouver mon vélo abandonné. Je prends le temps de faire un transfilage aussi serré que possible avec un cordage. Dans le milieu de la navigation à voile, dont je suis issu, cette technique de matelotage s’appelle un lashing !

Ça tient pour la redescente, toujours en portant le vélo. S’il faut prendre gare à la chute, c’est toutefois physiquement plus tolérable. Je chante, je suis heureux, même si c’est rude de redescendre depuis une altitude de 1600 mètres, si péniblement atteinte, pour retourner à 500… J’ai repéré un village avec un garage auto qui devrait pouvoir réparer mon porte bagage. Mais avant cela, je retrouve une piste bien caillouteuse comme je les aime, pour un tout schuss jusqu’à la route. Je m’élance alors comme un possédé pour une descente à 50km/h de moyenne. J’avais trop besoin de ces sensations après toute cette labeur. Dieu que c’est bon !! Je m’offre même quelques sauts, ce qui je le reconnais est tout à fait idiot (pardon Bébert, mon valeureux vélo).

Arrivé au village, je débarque crasseux et odorant chez le garagiste. Mais tiens, puisqu’on parle d’odeur ! Je cherche à documenter tout mon voyage. Tout. Jusqu’à l’évocation des odeurs (au moins les mouches en profitent)…

Revenons chez mes nouveaux potes, les garagistes. Aussi sales que moi, on semble se reconnaître et s’apprécier immédiatement. Le patron, du genre goguenard et l’œil qui frise, m’est tout de suite sympathique. Très fort pour singer mon accent français, il me fait rire de bon cœur. Épuisé, les vêtements, le visage, les mains et les jambes crasseuses, je me fonds dans le décor en allant m’allonger contre le pilier de l’entrée. Pendant qu’on s’occupe de ma réparation, je savoure l’instant. Je me repose enfin, épuisé, mange les sucreries qu’on m’apporte, et me délecte du langage de charretier de l’un des mécanos. Je n’y comprends goutte, bien entendu, mais à n’en pas douter il en veut à son moteur. La vie quoi ! Le bonheur n’est pas toujours là où on l’attend.

Le vélo remis en état, je trouve un camping. Et summum du luxe, je dors dans une caravane. Je vais pouvoir me reposer et réfléchir à la suite. Il faut absolument que je fasse obliquer ma route, je ne peux pas continuer comme ça. Mes jambes sont couvertes d’hématomes, mais j’ai toujours aimé les arcs en ciel. Non, le vrai problème, c’est que mon vélo ne va pas faire long feu à ce rythme là. Je décide de piquer plein nord, plutôt qu’à l’est, jusqu’à la Bosnie que je rejoindrai plus vite que prévu. Ce sont toujours les Alpes Dinariques, mais les montagnes sont moins escarpées et je devrais trouver des sentiers qui ressemblent à des sentiers. Je suivrai notamment le green trail de la Via Dinarica. Dont acte !

Au revoir Siddha ! Allemande installée dans le camping de son amie depuis le mois d’aout. On aura bien sympathisé et discuté. Je lui dois un précieux conseil. Jusqu’à ce point du voyage, je n’osais pas filmer ou prendre les gens en photo. Peur d’être intrusif, de leur voler quelque chose, en somme. Mais elle m’a fait prendre conscience que je pouvais simplement poser la question. Je le ferai donc désormais, en insistant bien sur le caractère absolument non impératif de ma requête. Merci mon amie !

Plus je m’approche de la Bosnie, plus les paysages changent. Et surtout, plus la pauvreté se fait apparente. Là bas, le SMIC est d’à peine plus de 500 euros, pour un coût de la vie relativement élevé. Peu de tourisme, une économie au ralenti, bref une toute autre réalité. Mais je n’y suis pas encore. Pour l’instant, je viens de gravir une longue piste caillouteuse, perdue dans la montagne. On a beau être en automne, le soleil m’a brûlé toute la matinée. Et ô bonheur, voici la forêt, pile au col avant la redescente. Endroit charmant et ombragé, c’est parfait pour une pause. Il faut que je m’alimente et me repose un peu. Mais je ne comprends pas, je me sens mal ici. Je regarde partout, rien ne justifie ce mauvais pressentiment. À tel point que j’hésite bien 5 minutes avant de me décider à faire quand même ma pause. Il ne se passe pas une minute qu’une énorme jeep arrive à fond, et pile devant moi. Un flic en sort, nerveux et agressif. Il aboie pour savoir si j’ai vu des gens. Des gens qui ressembleraient à des migrants. Il est en traque. Après avoir lourdement insisté, il repart, toujours à fond. Quelques instants plus tard, il repasse en sens inverse, dans une nuage de poussière. Et moi ? Eh bien, je prends mes cliques et mes claques et je-me-casse !

La suite de l’aventure sera bosniaque, pays dans lequel je passerai beaucoup plus de temps que prévu. Mais je peux déjà vous dire que je l’aime, ce pays.

À bientôt et poljupci poljupci (bisous bisous, à la sauce locale) !!

Depuis Bihać, Bosnie-Herzégovine.

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